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L’histoire de la chenille et de la fosse à serpents

La plupart des matins à Crows Nest il fait beau. Après mon réveil je sors et j’ajoute une buche au feu sacré. J’aime l’odeur de la fumée du cerisier sauvage. J’offre des prières du matin, je remercie pour ma vie, et je demande la bénédiction de ma journée. Après avoir fait chauffer mon café je me centre et je regarde comment j’aimerais créer ma journée.  Normalement je réserve rigoureusement du temps pour moi et pour les choses qui apportent de la joie et de la satisfaction dans la vie, avant de m’adonner aux tâches et responsabilités de l’apres‐midi et de la soirée. Lors d’un de ces matins particuliers, je savourais d’être assis sur la véranda de ma cabane des invités avec mon ordinateur portable en train d’écrire.

Mais ce jour‐là les choses étaient bien différentes. D’abord j’ai été distrait par un ouvrier frappant à ma porte – puis le téléphone a sonné, puis sonna à nouveau puis le reste de la matinée s’est déroulée avec une série d’nterruptions inattendues et atypiques. Il m’a fallu environ 2 heures jusqu’à pouvoir prendre ma tasse de café et me rendre avec mon ordinateur vers la cabine pour écrire.

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La Chenille

Finalement j’étais libéré des distractions. Il y a eu tellement de choses qui se sont mises en travers à ce moment. J’étais assis sur ma chaise d’écrivain sur la véranda et scrutais la forêt pendant un moment, regardant la cime des arbres ondulant dans le vent. Je pris une respiration profonde et mon regard se porta sur mon ordinateur et là se trouvait un chenille couleur citron vert – elle aussi, se trouvait à travers de mon chemin…

Je me trouvais en face d’un choix. Que faire ? la balayer de la main et la laisser se débrouiller sur les planches du sol de la véranda où elle pourrait être blessée ou pire ? Ou est‐ce que j’appuie sur le bouton pause de mon clavier et je dis « salut » au petit gars, me saisis de son corps doux et vulnérable avec soin et le pose respectueusement sur une feuille en dehors afin qu’il puisse continuer son chemin de vie ? Dans mes os je savais que je faisais le bon choix. Je l’ai sorti et j’ai béni son chemin. Cet acte m’a fait sourire et était, étonnamment, un acte de recentrage pour moi. Je me suis senti plus connecté à la Terre, le coeur plus ouvert et à une meilleure place pour commencer à écrire. La « justesse » de ma décision vient du système de validation de mon chemin centré sur le coeur et honorant la terre : de voir que chaque vie est sacrée et de montrer du respect même pour les plus petites des créatures.  Mais cela a pris beaucoup de temps pour moi de développer la cohérence à vénérer toute forme de vie – même celle qui se met parfois au travers du chemin. Cette chenille a autant le droit à sa vie et sa destinée que moi ! Mais toujours et encore je me rétracte quand je pense à tous les endroits où je risque de ne pas être cohérent en étant dans l’amour et dans le respect. Il s’agit d’un chemin continu d’apprentissage et d’amélioration.

Au cours de ma vie j’ai appris progressivement que de marcher un chemin centré sur le coeur et honorant la terre était beau, profondément satisfaisant et très bénéfique pour la terre. Ceci n’est cependant pas facile quand on a été élevé dans un monde qui est irrespectueux envers d’autres formes de vie.  En tant que jeunes enfants nous étions jadis le coeur ouvert et instinctivement en accord avec un monde vivant, voluptueux et enchanté.  La terre et toutes ses créatures ont une âme. Nous savons que cela est vrai quand nous sommes jeunes enfants. Jusqu’à ce que nous soyons programmés par les parents et la culture. Je me rappelle qu’en tant qu’nfant j’ai grandi au bord de la forêt de Devonshire en Indianapolis. Depuis ma chambre j’avais une fenêtre à double vue sur la forêt et j’aimais regarder par les fenêtres chaque fois que j’étais dans ma chambre.  La plupart des matins en été j’étais debout au lever du soleil et je sortais dans la forêt pour jouer. Toute chose était tellement vivante et enchantée. Me mère, elle‐même en partie Cherokee, avait un profond amour pours toutes les verdures. Elle aimait les jardins, faire pousser des fleurs et elle aimait regarder les arbres. Elle comprenait mes escapades toute la journée dans la forêt, parfois en se faisant du souci quand je n’étais pas rentré pour souper et parfois me grondant parce que je n’étais pas rentré pour le déjeuner. Mais elle comprenait bien mon besoin de jouer et d’xeplorer la forêt et était bien tolérante pour les longues heures que j’y passais.

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La fosse à serpents

Un jour, je devais avoir environ huit ans, ma mère travaillait dans le jardin à l’arrière et y découvrit une fosse à serpents, des couleuvres inoffensives, il y en avait peut‐être une demie douzaine. Elle était dégoûtée et a demandé à mon père de venir l’ider à s’en débarrasser. Elle voulait que les serpents soient amenés à la forêt. Mais mon père a saisi une pelle et a coupé les serpents en pièces – puis il nous a appelés pour nous montrer qu’il avait résolu le problème des serpents.  J’étais choqué et horrifié quand j’ai vu tous ces morceaux sanguinolents de corps de serpents empilés sur sa pelle comme un tas de saucisses. Il a souri en montrant sa fameuse fente entre ses dents de devant, un sourire de fierté pour son accomplissement courageux.  Il n’était pas préparé à notre réaction. Ma tête a instantanément été saisie de vertiges, j’avais mal au ventre, et suis parti en courant dans la forêt. Je ne pouvais pas croire en sa violence. Ma mère aussi a été horrifiée par sa violence insensée et lui criait dessus en pleurant. Mais le dommage était fait. L’image s’est gravée profondément dans mon imagination où elle vit toujours, des dizaines d’années plus tard.

Je ne le savais pas à l’époque mais l’acte de violence de mon père m’a profondément affecté.  J’étais tellement horrifié par son acte que j’ai capté le mal et il est entré en moi. Quel mal ? Le message que quand une petite créature se met en travers du chemin ou du plan d’un humain, ou s’il dérange sa zone de confort, sa vie n’a pas de valeur et on peut en disposer même avec la violence.  Il n’a pas fallu longtemps avant que les signes de ce mal fassent surface dans mon comportement. J’arrachais les ailes des mouches, les jambes des sauterelles, pour le plaisir – sadiquement. Je hais de l’admettre mais c’est la vérité, une vérité partagée par des millions de jeunes garçons dans la culture moderne. Nous ne sommes pas nés ainsi, nous avons été éduqués à être ainsi !

En regardant en arrière sur tout cela aujourd’uhi, en tant que psychologue chevronné, je sais qu’une des façons les plus courantes de gérer un traumatisme de violence est d’essayer de surmonter le chaos des émotions est pour la victime de devenir comme l’agresseur ou le persécuteur. Je suis devenu essentiellement comme mon père, ce jour‐là, m’dentifiant inconsciemment à la peur et la rage subséquente contre les petites créatures qui se mettent à travers notre chemin.  

Heureusement que l’enseignant le plus important en dedans de moi, mon coeur, a fait ce qu’il a pu pour appeler mon attention et m’ aidé à m’éloigner de ce comportement horrible.  Le coeur m’a chuchoté d’une façon viscérale, me disant que c’était faux d’agir de cette manière. J’ai finalement arrête de me comporter de cette manière sadique sur les petites créatures. Mais l’effet du trauma a continué son chemin de façon plus subtile. La culpabilité et la honte en découlant sont restées, accompagnées d’un message profondément ancré que nous les humains avons le droit de tuer d’autres formes de vie quand elles sont sur notre chemin – que nous sommes supérieurs aux petites créatures. Le message était là, même sans être détecté et il a progressivement dé‐spiritulaisé le monde naturel pour moi.

Cela m’a pris des années pour me libérer de ce système de croyance très subtile, ‐ le programme sans coeur exposé par mon père ce jour‐là, un programme continuellement renforcé par l’irrespect de notre culture moderne. Je ne saurai jamais s’il a entièrement disparu – c’est pourquoi j’ai besoin de mon chemin spirituel centré sur le coeur et honorant la terre. Il m’aide à être un meilleur humain, plus aimant, tolérant, et respectueux.

Récemment j’ia visité mon enseignant Cherokke, Ai Gvhdi Waya dans sa maison Casa del Tierra Madre. Je retourne occasionnellement la voir dans la région des roches rouges de Sedona pour me renouveler et me reconnecter à elle. Avant de repartir nous sommes allés en ville et avons mangé ensemble dans un restaurant appelé Judy’. Nous étions assis sur la terrasse ensoleillée et discutions de visiter Bell Rock après le repas. Pendant cette conversation elle m’a posé des questions sur le livre que je suis en train d’écrire. Elle voulait savoir quel était le coeur de son message. J’ai répondu que ça avait quelque chose à voir avec guérir notre irrespect pour Mère Terre et ses effets ‐ et comme je parlais ses paroles se sont jointes aux miennes en unisson « ce qui a causé une perte d’âme massive de notre planète »

La perte d’âme est un terme intéressant. Parmi les anciennes traditions et traditions de sagesse et guérisons populaires des Amériques, des guérisseurs connus comme chamans, des femmes-médecine et hommes-médecine en Amérique du Nord, ou curandera et curandero d’Amérique du Sud ou Centrale, ils parlent des effets de traumatismes tel que celui que j’ai vécu comme « perte d’âme ». Ceci est un terme qui signifie « dé‐spiritualisé » et se réfère à des parts de vous ou des potentiels qui sont simplement hors circuit et pas disponibles pour vous après un événement traumatisant. Il n’ a rien de particulièrement ésotérique à cette conception. Quelque chose qui vous appartenait, qui vous était disponible, a maintenant disparu de votre existence. Si nous utilisions le langage de la psychologie moderne, nous utiliserions des mots tels que répression, dissociation, projection qui suggèrent tous une perte ou un abandon de vos pouvoirs humains naturels. De nombreuses conditions, qu’elles soient des maladies physiques ou des problèmes émotionnels, sont considérées comme étant la cause d’une perte d’âme ou de potentiels qui devraient vous appartenir, dans mon cas, le traumatisme associé aux serpents a conduit à une perte de ma capacité de voir et de sentir le sacré et l’enchantement de toute vie, et de la traiter avec respect. Ce qui l’a remplacé était un deuil et de la rage – des émotions puissantes qui malheureusement ont rempli le vide laissé par la perte de parties de moi…

C. Michael Smith Ph.D.

ShamanicAR@aol.com

http://www.psychologie-et-chamanisme.com

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