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Couple et célibat

J’ai discuté récemment avec Corinne du travail des mémoires antérieures sur les personnes esseulées. Elle m’a écrit ensuite pour me poser quelques questions, que je trouve intéressantes, aussi voici ses questions et ma réponse :

Tu m’as relaté quelques personnes ayant apparemment fait un travail sur elle, sur leur passé … La réflexion a été que ces personnes sont désormais en couple ou qu’elles ont rencontré quelqu’un.
Est ce le seul intérêt dans la vie d’être en couple ?? Est ce la seule marque de santé intérieure ??
Est ce normal de ne pas aspirer à être en couple ?? Puisqu’il faut de tout pour faire un monde pourquoi tout le monde fait la même chose ??
Pourquoi ne serait-on pas épanouis célibataires ??
Il faut être deux dans la vie ??
J’avoue que parfois, je me dis que vivre seule est la chose la plus compliquée que je me sois imposée …..
Je ne sais pas vraiment pourquoi en fait …..

couple nu

 

Réponse :

Il existe des grands principes régissant la vie sur terre, ce qu’on appelle les « Instructions Originelles » :
Tout dans l’univers est polarisé,
Tout est complémentaire à tout,
Le sexe est au centre de l’humain (physiquement, donc globalement),
La règle est la diversité (tous les flocons de neige se ressemblent mais aucun n’est identique à l’autre, idem pour mes animaux et les humains),
Le rythme de base est le jour, l’autre grand rythme est l’année.

En découle que l’homme doit être en relation avec la femme et réciproquement, et que la sexualité est l’énergie la plus puissante.

Le créateur a créé les sexes pour qu’ils servent, l’homme et la femme pour qu’ils se complètent (énergétiquement mais pas seulement, sinon chaque sexe n’aurait pas des spécificités indépendantes des races).

Chez les mammifères, il n’y a pas de marquage sexuel. Le mâle dominant choisit sa compagne, s’il est battu par un autre elle devient généralement la compagne de cet autre. Les mammifères s’attirent selon les phéromones qu’ils dégagent (certains disent l’odeur, ce n’est pas exactement ça). Certains mâles font la cour en montrant leur force ou leur voix. Bien des mammifères changent de conjoint chaque année.

Dans la plupart des société premières, la femme choisit l’homme avec lequel elle passera la nuit. Le lendemain, elle en choisit une autre. Il n’y a aucune jalousie pour celui qui n’est pas choisi, car il passera la nuit avec un autre.

C’est le modèle matrilinéaire qui prévalait et qu’on trouve encore dans certains peuples ou tribus.

Lorsque les sociétés se sont organisées, après donc qu’on ait introduit la notion centrale de hiérarchie, les plus puissants ont pris les plus belles femmes et le plus grand nombre de femmes. Les historiens et chamans sérieux disent que la matrilinéarité a pris fin par la révolte des hommes, car certaines femmes ont fini par abuser du pouvoir qu’elle avaient (comme dans tout système, il dérive), ceci vers 1000 av. J.-C.

C’est en Grèce Antique que le mariage a été inventé, pour permettre l’héritage des biens et du statut social du père. Les Romains ont ajouté les fiançailles, l’anneau, la cérémonie et le voile. Pour attacher les femmes à la propriété des hommes, on a créé le mariage définitif. Mon article dans Plumes de Chamans parle aussi de ça. C’est un concept purement catholique (« Ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas », saint Marc, 10, 1-12). C’est seulement vers le XIème siècle qu’on a valorisé la monogamie et la fidélité, et au XVIème qu’on a interdit la polygamie (pour des questions démographiques surtout).

Ceci pour exposer la situation.

femme seule ombre chinoise

« Vivre à 2 est-il une fin en soi ? » Bien sûr que non.

Pourquoi les gens cherchent ça ? :
Ca les sécurise, en ayant un partenaire attitré c’est facile à gérer.
Economiquement c’est plus rentable (du moins en principe, ça l’était il y a 30 ans dans les classes élevées, quand les gens étaient raisonnables, quand on dépensait moins).
Parce que c’est plus facile pour élever les enfants – dans les Peuples Premiers, les enfants sont les enfants de tout le monde, chacun est concerné, cela s’est perdu avec les hiérarchies, les administrations, la politique (l’école sert à formater les enfants pour répondre aux désirs des régnants).
Parce que le gouvernements et les religions font la pub depuis longtemps. Objectif : gagner de l’rgent et du pouvoir à chaque mariage, avoir un moyen de pression (si tu contestes le pouvoir, on e venge sur ta femme, on met tes enfants en prison, etc.). Avec le temps c’est devenu la norme de se marier.
Ca laisse dans une zone de confort. Pas besoin de faire des efforts pour plaire, le conjoint est acquis (c’est la même peur de la solitude qui pousse à adopter un chien).
Ca rassure, beaucoup se marient pour avoir une infirmière gratuite pour leurs vieux jours.
Le choix du partenaire correspond à une compensation liée à des conflits ayant pris racine dans l’histoire transgénérationnelle de chacun.

Quel est le mode de vie idéal ? Ca paraît logique de penser que c’est celui des autochtones, qui est d’ailleurs le modèle que préconise avec grande intelligence Wilhelm Reich (La Révolution Sexuelle, L’Irruption de la Morale Sexuelle, La Fonction de l’Orgasme…).

wilhelm reich portrait

 

Car c’est celui qui a été naturellement mis en place en l’absence de règles sociales servant les intérêts d’une minorité au détriment de tous les autres individus.

Tu demandes : « Est-ce que vivre en couple est un signe de santé intérieure ? »
Pour les personnes dont je t’ai parlé, oui. Car il faut être capable de vivre en couple pour après faire son choix. Si on vit seul parce qu’on l’a choisi en ayant expérimenté d’autres modes de vie (en couple, en communauté, etc.), on est dans l’idéal. Si on vit seul parce qu’on n’a jamais été capable d’expérimenter autre chose, on est dans le pire cas de figure.

Vivre en couple est donc déjà une étape permettant de faire un choix éclairé.

« Pourquoi ne serait-on pas épanoui célibataire ? » Ben même réponse. Si on l’est par choix, oui. Si on l’est par obligation, non.

« Vivre en couple est-il une bonne chose ? » Moi je dirai que ça ne l’est que si on a figé des règles qui n’écrasent pas notre personnalité et que ce n’est pas une pathologie.

J’explique déjà la pathologie : vivre en couple peut être un symptôme de dépendance. Il y a d’excellentes explications sur http://mariannavarady.com/la-dependance-affective/. Beaucoup de ceux qui se vantent d’être en couple, vivent en fait une gravissime dépendance qu’ils ne voient absolument pas.

J’explique l’écrasement :

– Si c’est l’un des deux qui commande et l’autre qui obéit, l’un qui travaille et l’autre qui dépense, un qui a des aventures partout et l’autre qui ne le fait pas, un qui s’amuse et l’autre qui subit, etc., le couple n’est qu’un jeu de pouvoir avec des mécanismes misérables (bourreau/victime/sauveur) qui ne permettent pas d’évoluer, au contraire ils font régresser. Le bon fonctionnement doit être « l’échange égalitaire », chacun apporte, chacun reçoit ; c’est de moins en moins possible dans une société valorisant l’égo (souvent sans s’en rendre compte).

– Si les membres du couple sont obligés, ou s’obligent, à être « fidèles » à l’autre, le couple est une fermeture, alors qu’un couple idéal va vers l’ouverture (exemple : Monsieur aime le cinéma et madame le théâtre, dans l’idéal elle va apprendre à apprécier le ciné et lui le théâtre, aidés l’un par l’autre ; dans la fermeture chacun gardera ses activités ou pire, le couple n’ira plus ni au ciné parce qu’elle n’aime pas ni au théâtre parce qu’il n’aime pas. Sexualité pareil : un individu a forcément envie d’autres partenaires, ne serait-ce que de temps à autre).

Dans la pratique, 99 % des couples vont vers la fermeture, conséquence : la plupart des mariages terminent en divorce-déchirure, les uns se tapent dessus, les autres se saoulent ou se perdent dans le cannabis ou d’autre attitudes compulsives (acheteur compulsif, joueur, fêtard, …). Presque tous se mentent dans leurs envies, leurs relations extra-conjugales, leurs désirs profonds. Ce sont les « non-dits » et leurs ravages…

« Est-ce normal de ne pas aspirer à vivre en couple ? » Raisonnablement oui, mais attention s’il n’y a pas d’amitié sexuelle ou si l’autre sexe est rejeté, ce sont des signes de peur et il y a alors quelque chose à traiter.

Si le(la) célibataire est capable d’une vie sociale normale (quand il veut), et qu’il est capable d’avoir des rapports sexuels quand il en a envie, il peut être parfaitement épanoui tout en étant célibataire. Les gens en couple ne sont pas tous heureux !

 

femme heureuse en robe verte

Si on est capable de gérer sa vie, c’est tout à fait admissible de ne pas souhaiter être en couple qui complique souvent la vie. La recherche du couple est souvent un signe de faiblesse (cf. la dépendance affective sus-citée).

Est-ce plus compliqué de vivre seul ou en couple ? Moi je pense qu’on voit les complications de ce qu’on vit et pas celles de ce qu’on ne vit pas. Les notaires pensent que les agents des hypothèques font un travail facile contrairement au leur, les agents des hypothèques pensent que les notaires ne foutent rien contrairement à eux. Ca s’applique partout. Le marié envie le célibataire, le célibataire trouve que le marié a une vie plus facile.

Pour quoi es-tu faite ? Hé bien sans doute comme les autres, mais nos aspirations profondes sont repoussées et redirigées par la société, par la réalité du monde « extérieur » (mais qu’on a créé nous-mêmes), ses lois, sa culture, ses modes de pensée, ses modèles, ses pressions, ses constitutions, ses intentions cachées…

 

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